mercredi 11 avril 2018

Magie des lieux, mémoires d'un âne


Parcourir l'île Maurice, ou seulement sa carte, est un plaisir toponymique : Trou-aux-Biches, Trou-Figue, Beaux-Songes, Cap Malheureux, Baie du Tombeau, Pointe-aux-Piments, Camp-Diable, Pamplemousse, Sottise, Solitude. Flic en Flac, Curepipe.

Nicolas Cavailles, que les aventures de Leguat ont attiré, sans doute à dos de baleine vers les Mascareignes, nous entraîne dans une étrange déambulation insulaire, où les noms de lieux occupent le décor et l'agrémente de leur musique chatoyante et savoureuse, dans un texte qui tient de l'apologue autant que de l'intrigue policière ou du petit précis de créole.

Le Peter-Booth à Maurice
Les deux protagonistes en sont un vieil âne (bourik) avec un cadavre indéfectiblement fixé sur son dos. Par monts et par vaux, alors même que le mort, pourtant bien mort, pousse des cris affreux, l'étrange équipage erre au hasard Balthazar sur les chemins, dans la forêt, visite l'Histoire autant que la géographie, croise un poète maudit et dandy d'hier, un chanteur seggae d'aujourd'hui, victime d'une bavure policière qui révolutionne l'île.

Le récit se présente comme un vieille légende mais aussi comme une fable, à la manière de La Fontaine ou de Daudet. Sa morale se perd dans ce vagabondage et dans un halo de nostalgie, de poésie et de cocasserie.

La dédicace au poète martiniquais Monchoachi évoque "un récit essentiel des destins insulaires". Comme dans ses livres précédents, Nicolas Cavaillès, maître de l'esquisse, en dit plus et mieux qu'en un long discours. Pour Bernardin de Saint Pierreles îles sont de petits continents en abrégé.” Cavaillès a dans sa plume la baguette magique qui nimbe l'ile de tous ses sortilèges perdus.

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Il était donc un fois un jeune homme d'à peine vingt ans, mais déjà versé dans la science des vices et des élégances, un solitaire, un paresseux amer et jouisseur, qui aux écoles et aux études préférait la nuit, les bistrots et la compagnie d'une prostituée sortie par ses soins du bordel. Il s'enivrait comme un vieux poète et dissipait son argent. Orphelin de son père, fils aimant et malin de sa mère, il était en outre affligé d'un beau-père, général de son état, qui un jour crut bon, pour extirper le garnement de ses périlleux égouts avant qu'il ne s'y ensevelît, de l'envoyer faire un long voyage spartiate en bateau, jusqu'aux Indes. Le jeune homme n'eut pas le choix, il dut partir. Lui à qui il était déjà arrivé de formuler le vœu intime de tout quitter, il se vit ainsi privé de l'échappatoire du reste du monde et des voyages, désormais souillés, accaparés par l'intention paternaliste du beau-père. Un voyage utile, formateur l'ignoble perversion ! De cette aventure imposée, disons-le d'emblée, il rapporterait une cravate comme nul n'en portait dans sa ville, en tissu de madras.
pp.86/87


Au sortir d'une enfance et d'une adolescence passées dans le dénuement, celui que ses proches décrivaient comme un flâneur amical, indépendant et calme, reçut l'appel des montagnes de Chamarel, refuge naturel de la communauté rastafari, recluse là comme les esclaves marrons d'antan; il y passa un an. Sous l'influence d'un esprit libre nommé Rodoman, un chaman musicien qui inventait lui-même ses instruments, creusant ses percussions dans les cocotiers, sous cette tutelle mystique, le nouveau venu se convertit à la religion des rastas, et embrassa leurs rites,leur culture et leurs mœurs : vivre non pas comme les vilains clochards ni comme les dangereux fainéants que la police et la société stigmatisent en leur personne, mais comme des sages, avec humilité, loin des mirages, des machines et des violences de Babylone ; suivre la voie du messie d'Éthiopie, aller pieds nus (car Jah est autant dans la terre que dans le ciel), exister tranquillement; se coiffer le crâne d'une crinière de dreadlocks, fumer l'herbe sacrée dite gandia, célébrer la paix et l'amour universels et communier avec la nature, au rythme du reggae, de ses rebonds chthoniens et de ses berceuses chaloupées.  
 pp.96/97

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  • Nicolas Cavaillès, Le Mort sur l’âne, éd. du Sonneur, 2017, 118 pages
  • Gabrielle Napoli, Toponymie de Maurice sur www.en-attendant-nadeau.fr, Journal de la littérature, des idées et des arts

 

lundi 9 avril 2018

L'homme qui voulu être roi... des Canaries

Miniature de l’expédition de
Jean de Béthencourt
et de Gadifer de la Salle
à l’Ile de Lazzarone (1402)

D'abord l'époque : la Guerre de Cent ans. Puis nos deux  "héros" : guerriers l'un et l'autre, reconvertis dans une aventure maritime de conquête du Graal, stipendiée par le Pape. Un sujet de roman, comme les aimerait le Jean-Christophe Rufin du Grand Coeur.

Jean de Béthencourt est un riche noble normand, originaire de Grainville la Teinturière. Il est conseiller et chambellan de Charles VI et aventurier. Il guerroie contre les Sarrasins, mais aussi pour son propre compte : en 1401 il est renvoyé en justice pour s'être emparé d'un navire transportant 72 tonneaux de vin gascon vers l'Angleterre. Pirate à ses heures...
A la guerre, il a rencontré  un gaillard de sa trempe, Gadifer de la Salle, écuyer du duc Jean Ier de Berry.
Les deux compères décident de liquider leurs biens, de vendre leurs terres, pour monter une expédition vers des contrées nouvelles. Non pas inconnues : les anciens les identifiaient, y voyant même un reste de l'Atlantide. Les Μακάρων νῆσος (Makáron nêsos) signifiant « îles des Bienheureux » ou « les îles fortunées » figuraient sur des cartes, depuis celle dessinée par le majorquin Angelino Dulcert en 1339. Elle auraient été découvertes quelques années  auparavant (1312) par un navigateur génois, Lancelot Maloisel, plus connu sous le nom portugais de Lanzarote da Framqua. Leur nom d'Iles fortunées avait de quoi susciter rêves et convoitises. Il s'agit des iles Canaries, autrement dites aussi par Béthencourt iles de Canarre et d'Enfer.

Au registre des rêves, un siècle avant que Thomas More n'invente l'Utopie, Jean de Béthencourt fait l'article aux paysans et artisans qu'il cherche à recruter : "ils seront en bon pays pour vivre bien aisés et sans grande peine de corps. A ceux qui viendront , je donnerai assez de terre pour labourer s'ils veulent prendre cette peine... Je leur promets que je leur ferai tout le mieux que je pourrais". Promesse d'un Nouvel Eden, d'une Icarie, que Cabet vantera au milieu du XIXe siècle. Et il en faut des promesses pour calmer ces équipages prompts à la mutinerie où à la désertion : à l'escale de Cadix, 27 marins sur 80 s'enfuient, jugeant qu'on les mène à la mort. Les deux compères doivent se défendre encore de faits de piraterie. 
Au registre des convoitises : la colonisation, certes mais aussi la poursuite d'un produit recherché, l’orseille, au nom éclatant, un colorant végétal issu de lichens poussant sur les roches en bordure de la mer Méditerranée. Bethencourt vient d'un pays de teinturiers. Ces plantes séchées au soleil et mélangées à l’ammoniaque de l'urine donnent une couleur rouge pur, ou rouge violacé, ou violette, suivant la qualité du produit. L'ile en est riche et peut faire la fortune de ses exploitants :
 Y croît une graine qui vaut beaucoup qu'on appelle orsolle; elle sert à teindre draps ou autre chose, et est la meilleure graine d'icelle graine que l'on sache trouver en nul pays pour la condition d'elle. Et si l'ile est une fois conquise et mise à la foi chrétienne, icelle graine sera de grande valeur au service du pays.
Le Canarien, p. 131

On trouve aussi dans l'ile le sang-dragon, substance résineuse rougeâtre produite par l'incision du Dracaena cinnabari qui a les mêmes vertus tinctoriales, et d'autres, puisque les Guanches, premiers habitants des Canaries, l'utilisent pour momifier leurs morts.

La conquête des iles

Le 1er mai 1402, les navires quittent le port de La Rochelle. Rien ne se passe comme prévu. S'ils atteignent bien les Canaries et y prennent pied, ils ne trouvent que des terres difficiles à conquérir etâ de peu de ressources. Bethencourt retourne en Normandie à l'automne 1402 chercher des fonds et des hommes. Grâce à son oncle Robert de Braquemont, il s’accoquine au retour  avec Henri III de Castille qui lui avance les fonds contre un hommage de vassal qui conserve le cinquième de tous les produits de l'ile. Sur cet arrangement de maquignon, les Canaries deviennent un fief du roi de Castille.

Gadifer, qui avait pris ses aises et entrepris la conquête des terres prend mal la chose. Les deux conquérants se disputent au retour de Béthencourt en 1405. Gadifer abandonne la partie et rentre en France. Béthencourt le suit de peu, à la fin de l'année, laissant le "royaume" à son neveu Maciot, non sans auparavant avoir fait nommer un évêque par le Pape construit une cathédrale ( 8m de long sur 5 de large), un fort (le château de Rubicon) et avoir institué les commerce des esclaves.

Quelques années plus tard, après avoir juré fidélité à Henri V de Lancastre, il arme deux navires, une nef commandée par Michel Maubuisson avec quarante hommes, et un navire baleinier avec vingt cinq hommes commandés par Jacques Grossier. Les deux navires font naufrage au retour avec leur cargaison. Ruiné, Béthencourt revend son royaume au roi de Castille sans y être jamais retourné. Son neveu Maciot cède ses droits sur les iles au Portugal.

Fin de l'aventure du "roi de Canare" !

Le Canarien 

Édition P. Bergeron (1630)

Il existe deux récits de l’expédition dont le journal (perdu) a été tenu par les chapelains franciscains de l'équipage Pierre Bontier et Jean Le Verrier. Ces deux récits intitulés Le Canarien, diffèrent sensiblement.

Le codex Montruffet, de la Bibliothèque municipale de Rouen, réécrit sur la base d'un premier codex par un neveu de Jean de Béthencourt à son retour en 1490, attribue au seul Béthencourt les succès de l’expédition. Ce codex Montruffet a été d'abord publié en 1630 par Pierre Bergeron.

Découvert seulement en 1888, une seconde version du même récit de Pierre Bontier et Jean Le Verrier, le codex Egerton 2709, conservé au British Museum, a été édité pour la première fois en 1896 par Pierre Margry. Cette version, continuée entre 1410 et 1420 par Gadifer de la Salle, et qui contient l'enluminure représentant un des navires de l’expédition, attribue au seul Gadifer les mérites de la conquête.

Ces deux versions, assez différentes dans l'éloge, ont été publiées en espagnol par Elías Serra et Alexandre Cioranescu (La Laguna de Tenerife, Instituto de Estudios Canarios, Fontes rerum Canariarum, VIII, IX et XI, 1959-1965).

La lecture du récit est édifiante en ce qu'elle ne cache rien des magouilles, des disputes, des revendications, des brouilles, des trahisons, des fourberies et de l'esprit de lucre de ces aventuriers et de leurs comparses. Mais on y trouve aussi sous la plume des chapelains, plutôt complaisants, d'intéressantes observations sur la découvertes des iles, de leurs habitants à la civilisation antérieure à l'âge de fer, les Guanches, et sur cet étrange langage sifflé, le silbo de La Gomera :

...le plus étrange langage de tous îles et autres pays de par ici ; ils parlent avec les lèvres comme s'ils n'avaient pas de langue. Ainsi dit-on par de ça qu'un grand Prince pour quelque méfait les fit mettre en exil et leur fit tailler leurs langues ; et selon la manière de leur parler on le pourrait croire.



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  • LE CANARIEN ou la conquête des îles Canaries par Jean de Béthencourt, traduit en français moderne par Bruno Malfante, éd. L'écho des vagues, 2009, 152 p.
  • Les deux versions ( codex Montruffet & codex Egerton 2709), assez différentes, ont été publiées en espagnol par Elías Serra et Alexandre Cioranescu (La Laguna de Tenerife, Instituto de Estudios Canarios, Fontes rerum Canariarum, VIII, IX et XI, 1959-1965).
  • Jean Favier, Les grandes découvertes d'Alexandre à Magellan, Fayard, 1991, pp.410 et suiv. (Bethencourt et Gadifer), 471 et suiv. (Christophe Colomb).
  • Louis de la Cerda avait déjà imaginé, au milieu du XIVe siècle, de se faire déclarer par le Pape Clément VI " Prince de Fortunie". Mais il ne réussit jamais à se rendre aux Canaries.


mercredi 28 mars 2018

Capitaine Savoyard et Maître des Cortèges

Le cortège du bélier, par le Maitre des cortèges
La Cité du Vin à Bordeaux propose, dans son étrange bâtiment en forme d'escargot rampant le long de la rivière, une élégante exposition intitulée Le Vin & la Musique, accords et désaccords, XVIe - XIXe siècle.

Parmi 150 œuvres exposées, on remarque la discrète reproduction d'un tableau conservé au musée de Philadelphie, Le Cortège du bélier.

Précédant l'animal, se trouve un musicien aveugle et chapeauté, entourés d'enfants qui le guident. Il joue d'une vielle à roue. Un berger tient l'animal en laisse, attachée par une de ses cornes. Avec son tressage élégant et ses glands aux extrémités, la laisse est un accessoire plus décoratif que fonctionnel. Certains personnages portent des couronnes de laurier. Le groupe défile de manière ostentatoire. Il s'agit donc d'une cérémonie. Des enfants guident le barde. L'un d'entre eux montre du doigt quelque chose. Il attire l'attention des personnages hors du tableau, vers le spectateur. Le personnage central du cortège, le berger de rouge vêtu et coiffé, lève son verre (de vin clairet) pour trinquer ou pour célébrer ce que le visiteur décidera. Le musée de Philadelphie a choisi d'intituler le tableau La fête du vin (Feast of the Wine). De savants commentateurs y voient une cérémonie de la confrérie des bouchers catalans, descendant de La Courtille (actuellement Belleville) sur les hauteurs de Paris. La descente de la Courtille a été un temps fort du Carnaval de Paris jusqu'à la fin du Second Empire.

Le vielleux est désigné comme le chanteur et chansonnier Philippot, plus connu sous le nom de "l'illustre savoyard" ou "capitaine" du même nom.  La toile, à la manière de Le Nain, est attribuée au Maitre des cortèges, peintre anonyme du XVIIe siècle, tout aussi mystérieux que le chansonnier.

Témoignage de l'époque (milieu de XVIIe siècle), un livre est exposé dans une vitrine, recueil des chansons du Capitaine savoyard, ouvert à la page suivante :

AIR NOUVEAU DU SAVOYARD. 
Je suis l'illustre Savoyard,
Des chantres le grand capitaine,
Je ne meine pas mon soldat,
Mais c'est mon soldat qui me meine.
Accourez filles et garçons
Escoutez bien nostre musique,
L'esprit le plus mélancolique
Se rejouyt à mes chansons.
Je suis l'Orphée du Pont-Neuf,
Voicy les bestes que j'attire,
Vous y voyez l'asne et le boeuf
El la nymphe avec le satyre.
Accourez filles et garçons,
J'ay chanté Bachus et l'Amour
Car je voy que chacun les ayme,
Maintenant je veux à mon tour,
Devant vous me chanter moy-mesme.
Accourez filles et garçons,
Escoutez bien nostre musique, etc.
J'ay signalé tous les lauriers
De nos vaillans foudres de guerre,
Comme de ceux qui les premiers
Et derniers combattent, au verre.
Accourez filles et garçons,
Escoutez bien nostre musique, etc.
Moy inesme J'ay tant combattu
Dans le champ de la bonne chère,
Que pour marque de ma vertu,
Mes yeux ont perdu leur lumière.
Accourez fillecs et garçons,
Escoutez bien nostre musique, etc.
Mais ce vin dont je suis charmé
Malgré celte offence reçue...
[suite sur Gallica : ici]


Recueil général des chansons du Capitaine savoyard (1656)

Philipot dit le Savoyard est un chansonnier français, né au début du XVIIe siècle. On sait peut de chose sur lui, sauf qu'il était aveugle, ivrogne et chantait principalement sur le Pont-Neuf à Paris.
C'est sur ce pont, qui vient d'être terminé en 1607, avec ses espaces dégagés -c'est la nouveauté- que s'installent troupes de théâtre,  libraires et chansonniers, parmi lesquels, le cocher de Verthamont, cité par Voltaire et Mme de Sévigné, un certain Duverny, lui aussi aveugle, et notre Savoyard, dont les textes ont eu la bonne fortune d'être publiés.

Ce savoyard s'appelle Philippot, peut-être originaire de Savoie : il le dit dans ses chansons. Fils de chanteur de rue, mais aussi aveugle et ivrogne. Le musicien Charles Coypeau d’Assoucy, ami de Cyrano de Bergerac et de Molière, dit l'avoir rencontré, se présentant ainsi :
 « Je m'appelle Philippot, à votre service, autrement le Savoyard, et, si vous passez jamais sur le Pont-Neuf, c'est sur les degrés de ce pont que vous verrez mon Parnasse; le cheval de bronze est mon Pégase, et la Samaritaine la fontaine de mon Hélicon... »  
« Je suis de la race des Amphions et des descendants d'Homère, et j'ose dire que j'ai encore quelque avantage sur ce divin personnage : car, bien qu'il fût aveugle comme je suis, et qu'il chantât ses vers publiquement par les portes comme je chante les miens, il n'avait que la jambe velue, et moi je suis velu comme un ours par tout le corps. Tel que vous  me voyez, monsieur, apprenez que je suis un enfant des Muses des plus célèbres et des plus chéris, poète et chantre fameux ; mais un chantre doué d'un organe si puissant et d'une voix si éclatante et si forte que, pourvu que j'aie pris seulement deux doigts d'eau-de-vie, si je chantais sur le quai des Augustins, le roi m'entendrait des fenêtres de son Louvre »  
(Aventures de Dassoucy, Paris, Delahays, 1858,
chap VII, La rencontre de l'illustre savoyard)
 Le personnage est donc truculent, haut en couleurs, grivois, comme ses chansons, dont certaines étaient célèbres (La Graveline, évoquant le siège de la ville par Gaston d'Orléans en 1644).

Le tableau, attribué au Maitre des cortèges, qui le montre au contraire sombre et sévère, n'en donne sans doute pas une image fidèle !

La procession du boeuf gras, ou cortège du taureau (1650)
Ce peintre bien nommé est encore plus mystérieux, puisqu'il n'existe pas.  C'est le nom de convention d'un peintre hypothétique à qui sont attribués deux tableaux représentant chacun un cortège de paysans : Le Cortège du Taureau, ou Cortège du boeuf gras acheté comme un Le Nain et donné par Picasso au musée du Louvre, figure à l'exposition comme une célébration de la confrérie des bouchers ; notre Cortège du Bélier, conservé au Philadelphia Museum of Art sous le nom de Feast of the Wine (The Procession of the Ram) attribué au Master of the Processions, ne figure à l'exposition que dans une petite reproduction au fond d'une vitrine.

Ces tableaux furent longtemps attribués à l'un des trois frères Le Nain, dont on ne sait lequel des trois peignait quoi. Et ils peignaient beaucoup ! De cette incertitude et de l'esprit ingénieux de critiques d'art est né ce Maître des Cortèges, au croisement géométrique d'inspirations et de manières, comme l'astre invisible déduit des calculs d'un astronome mathématicien, ou comme Ulysse se faisant passer auprès du cyclope pour Personne. Reste à l'illustre inconnu un vrai talent pour célébrer les processions et le vin !


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  •  Recueil des chansons du Savoyard : réimpression textuelle faite sur l'édition de 1665 et augmentée d'un avant-propos par M. A. Percheron, en ligne sur Gallica [ici]
  • Philippe le Savoayerd ou l'origine des Ponts-Neuf, divertissement  en un acte et en prose mêlé de vaudevilles, par Chazet, Aramnd Gouffé, George Duval. Représenté pour la première fois sur le Théatre du Vaudeville le 15 Nivose an 9, à Paris, chez Fabre, Barba, An IX ; et au Journal des Débats  [ici] - compte rendu en note sur trois pages-


dimanche 18 mars 2018

La colonne infâme et son histoire ou l'erreur judiciaire monumentalisée


Ici, où s'étend cette place s'élevait autrefois la boutique du barbier Giangiacomo Mora, qui, ayant conspiré avec Guglielmo Piazza, commissaire de la Santé publique, et avec d'autres, pendant qu'une peste affreuse exerçait ses ravages, par des onguents mortels répandus de tous côtés, précipita beaucoup de citoyens vers une mort cruelle. C'est pourquoi le Sénat, les ayant tous deux déclarés ennemis de la patrie, ordonna que, placés sur un char élevé, ils seraient tenaillés avec un fer rouge, leur main droite tranchée, leurs os rompus ; qu'ils seraient étendus sur la roue, et, après six heures, mis à mort, brûlés ; ensuite, et pour qu'il ne restât aucune trace de ces hommes criminels, que leurs biens seraient vendus à l'encan, leurs cendres jetées dans le fleuve ; et, afin d'éterniser la mémoire de ce fait, le Sénat voulut que cette maison, où le crime avait été préparé, fût rasée, sans jamais pouvoir être réédifiée, et cita sa place fût élevée une colonne qu'on appellerait infâme. Arrière donc, arrière, bons citoyens, de peur que ce sol maudit ne vous souille de son infamie. Août 1630
 Inscription (traduite du latin) accompagnant la colonne.


Très satisfait de la sentence de ses juges, le Sénat de Milan, qui est l'autorité judiciaire, fait ériger en 1630 une colonne en mémoire du supplice des deux accusés d'avoir répandu la peste dans la ville. Il s'avère par la suite que la sentence était injuste. En 1777, l'écrivain italien Pietro Verri, dans ses Observations sur la torture, démontre l'innocence des malheureux condamnés. La honte change de camp. L’infamie devient celle des juges. La colonne est détruite en 1778, mais l'inscription est conservée au château des Sforza à Milan.

C'est cet épisode que retient Alessandro Manzoni en 1821 pour en faire un chapitre de son roman Les Fiancés,  avant de le retirer pour y consacrer une publication particulière en 1840, un récit-enquête qu'il intitule l'Histoire de la colonne infâme.

Reprenant les minutes du procès et les confrontant aux faits, il analyse, confronte, dissèque les déclarations, débusque les erreurs de procédure, dévoile les manœuvres des juges et restitue, avec méthode autant que véhémence, leur innocence à ceux qui n'auraient jamais dû en être privés. On retrouve chez ce petit-fils de Beccaria  la dénonciation de la torture -son grand père avait tout dit- et surtout des conditions irrégulières de son emploi selon la jurisprudence en vigueur. Même en des temps barbares, la procédure est une protection. Rudolf von Ihering l'affirmera quelques années après Manzoni : « Ennemie jurée de l’arbitraire, la forme est la sœur jumelle de la liberté ». La religion de l'aveu mène à tous les excès. Et les grands procès des temps obscurs de la peste,  des relaps et des inquisiteurs ont des airs de famille avec les procès de Moscou et autres parodies chères aux régimes totalitaires qui confient aux accusés la rédaction de leur propre réquisitoire. On retrouve dans la démonstration de Manzoni la plume du Voltaire de l'affaire Calas, du Benjamin Constant de l'affaire Regnault, du Zola de l'affaire Dreyfus.

On trouve aussi dans la circulation des rumeurs, qui grossissent comme boule de neige, le mécanisme des fake news, qui se nourrissent aussi de l'envie de croire avant de vérifier. L'idée du gain d'argent par le débit de son électuaire va perdre le barbier Mora et son complice, le commissaire de le santé Piazza qui en aurait barbouillé les murs, sans besoin de vérifier l'hypothèse. Et la mise en garde des jurés vaut pour tous les temps :
Heureux les jurés s'ils arrivèrent à l'audience bien persuadé qu'ils ne savaient encore rien ; s'il ne leur resta dans l'esprit aucun retentissement des rumeurs du dehors, s'ils se souvinrent qu'ils étaient non pas le pays, comme on le dit souvent  par une de ces métaphores qui font perdre de vue le caractère propre et essentiel de la chose, métaphore cruelle et sinistre dans le cas où le pays  a déjà formé son jugement sans en avoir eu les moyens, mais des hommes exclusivement investis  du pouvoir sacré, nécessaire, terrible de décider si d'autres hommes sont coupables ou innocents.  (p. 48)
Quant à la torture, de la gégène d'Alger, aux supplices de Guantanamo, c'est un spectre toujours menaçant, qui a abandonné ses habits judiciaires mais non sa raison d’État. 

En préface au texte de Manzoni, le propos de Leonardo Sciascia est éclairant. Auteur du récit "Le contexte" (dont le film Cadavres exquis est tiré) il avait mis en scène un haut magistrat qui considérait l'erreur judiciaire comme une impossibilité ontologique : l'office du juge, dans la transsubstantiation de la loi qu'il met en œuvre, réalise un acte infaillible, d'origine sacrée. De même dans ce 17e siècle religieux, la peste est envoyée sur les mortels soit par les astres soit par la juste colère de Dieu contre les péchés des hommes. Mais voici que resurgit de l'Antiquité la figure de l'untore, le propagateur de l'épidémie au moyen de substances léthifères, que vont traquer les juges Monti et Visconti par tous les moyens, y compris avec une promesse d'impunité aussitôt révoquée. Il sont devenus, dit Sciascia (p. 19) des "bureaucrates du mal".

S'agit-il de préserver l'innocence divine en cherchant, et en trouvant, trop vite, un coupable de l'épidémie. Bientôt le rat remplace l'untore, puis sa puce comme agent infâme de propagation. Il faut attendre le vingtième siècle pour que Yersin identifie enfin le bacille, seul coupable. Les chemins de la science sont aussi tortueux que ceux de la procédure pénale. Et l'antibiotique remplace désormais avantageusement le supplice.

Un petit grand livre, selon le mot de Sciascia (p. 14) !

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  • Alessandro Manzoni, L'Histoire de la colonne infâme, préface de Leonardo Sciascia, Petite bibliothèque Ombres,  1993, 181 p.
  • Cesare Beccaria, Des délits et des peines,1764
  • Pietro VerriOsservazioni sulla torture , 1769
  • L'histoire de la colonne infâme, par Ph. L***. [en ligne, p. 234 - 248], La Revue de Liège, 1844: "Ne croyons donc pas si facilement en avoir fini avec les préjugés et les méprises populaires, avec les erreurs, les passions, les faiblesses..." (p. 248)
  • Dino Buzzati, La Colonne infâme, pièce de théâtre en deux parties, 1962
  • Sarah Amrani, « Buzzati et Sciascia à l’épreuve de la torture », Arzanà [en ligne], 15 | 2012
  • Denis Salas, Erreurs judiciaires, Dalloz, 2015, 244 p.
  • Leonardo Sciascia, Le contexte : une parodie, éd. Denoël et d'ailleurs, 2007 : "... un juge, quand il célèbre la loi : la justice ne peut pas ne pas se révéler, ne pas se transsubstantier, ne pas s'accomplir." p. 101 ;  et dans le film de Francesco Rosi "Cadavres exquis" (1975) : "L'erreur judiciaire n'existe pas..." [en ligne]
  • Frédérique Audoin-Rouzeau (Fred Vargas) Les Chemins de la peste : Le rat, la puce et l'homme, 2007
  • Les amateurs du Hussard sur la toit trouveront, dans Les Fiancés, une des sources de Giono et un égal plaisir de lecture. La peste pour celui-ci, le choléra pour celui-là... Le roman de Manzoni qui a "lavé son linge dans l'Arno" et la Toscane, est fondateur de la langue et du roman moderne dans la littérature italienne.

lundi 5 mars 2018

Le Président des Terres Australes: Charles de Brosses

Charles de Brosses, comte de Tournai et de Montfalcon,
président à mortier au parlement de Dijon,
portrait en frontispice d’après Cochin, gravé par St. Aubin
Représentez-vous M. le Président Charles de Brosses dans ses grands jours ; il sort d'une séance au Parlement ; il retourne chez lui ; il pénètre dans son cabinet de travail ; on a tiré les rideaux et allumé les candélabres ; il s'assied à sa table au milieu de l'éclat assourdi de ses reliures ; et, suspendus à ses boiseries, les portraits de ses ancêtres le suivent des yeux. Ce soir-là, M. le président n'ira pas rejoindre le grand fripon de Salluste, d'une égale élégance en style et en concussion. M. le président, ce soir-là, voyage loin de Saint-Benigne, loin de Dijon, loin des grands vignobles, loin de la France. Il vient de doubler le cap Horn, à moins qu'il n'ait suivi le prodigieux détroit de Magellan ; et il va s'enfoncer dans l'immensité australe en quête de terres nouvelles, comme si nous n'en avions pas assez pour notre bonheur !  M. Charles de Brosses écrit son Histoire des navigations aux terres australes.

mercredi 21 février 2018

Le coracle de Stevenson

 Au commencement de la navigation il y a le coracle. Le degré zéro du navire dans la genèse des objets flottants. Une peau de bête retournée. Une légère armature d'osier. Quelques bouts de bois, sur lesquels poser ses pieds dans l'esquif et pour servir de pagaïe. Léger, portable. Il sert de bouclier, de parapluie. Le rêve conjugué du bouchon, de l'escargot ou de la tortue.

lundi 19 février 2018

L'Art de perdre, d'Alice Zeniter


Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître ;
tant de choses semblent si pleines d’envie
d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre.

vendredi 16 février 2018

La nuit des béguines d'Aline Kiner


Béguine, incunable de 1489
 Loin des rythmes tropicaux de la biguine, même si Cole Porter nous rapproche de la bonne orthographe (when they begin the beguine, it brings back sounds of music so tender...), beguines et béguinages ont des consonances plutôt septentrionales : Belgique, Hollande, Nord de la France. 


Les béguines sont des  sortes de religieuses non cloitrées. Elles vivent dans des petites maison individuelles, autour d'une chapelle. Il y a même des béguards, surtout tisserands.

mercredi 14 février 2018

Fred Rebell, seul sur les flots

Fred Rebell et son sextant
Le coup de vent [… ] qui me tomba dessus […] faillit m'envoyer par le fond. Surprise par de soudaines rafales, Elaine prit un coup de gîte terrible avant même que j'ai eu le temps de toucher à la voilure, embarquant au passage quelques centaines de litres d'océan […] Il ne me restait plus qu'à tout affaler et à écoper au plus vite si je voulais éviter de sombrer à la moindre vague […]

mardi 16 janvier 2018

La tête perdue de Damasceno Monteiro, d'Antonio Tabucchi

Antonio Tabucchi
Décidément le professeur Tabucchi avait l'art de pimenter ses romans policiers de saveurs exotiques (une pincée de droit, de politique, de philosophie, de poésie...), sans rien sacrifier à l'intrigue. "La tête perdue de Damasceno Monteiro" (1977) l'illustre à merveille.

mercredi 27 décembre 2017

Un père jésuite peintre à la Cour de Chine : Jean-Denis Attiret

Jean-Denis Attiret
portrait en buste de concubine
milieu du XVIIIe siècle
53x41 cm
En arrêt devant un portrait au musée de Dole, un cinéaste est touché par le sourire énigmatique du sujet. La jeune femme est coiffée d'une toque en loutre et parée de boucles d'oreilles en perles de Mandchourie. Elle est vêtue d'une robe décorée d'un dragon. Elle esquisse un sourire, façon Joconde.

mercredi 13 décembre 2017

Sauvé par les cafres ! L'aventure d'un jeune bordelais protestant au XVIIème siècle

" les moyens sûrs et honnêtes pour ramener les hérétiques à la foi catholiques" :
1) la roue, 2) la prison, 3) le fouet, 4) la potence, 5) les galères, 6) le feu.

Gravure de 1679, lithographie de G. Engelmann

C'est la révocation de l’édit de Nantes qui est à l'origine de notre histoire. Un famille de robins, les Chenu de Chalezac, seigneurs de Laujardière, huguenots du Sud-ouest, petite noblesse de robe, se trouve soudain privée d'emploi (procureur en la chambre de l’édit de Guyenne), sauf à abjurer leur foi. Ils préfèrent s'exiler et envoient leur jeune fils Guillaume (14 ans) rejoindre le frère aîné déjà  installé au Brandebourg

Le jeune Guillaume Chenu de Laujardière quitte Bordeaux en bateau en mars 1686 à destination de Madère, première étape de son voyage. Mais les choses tournent mal. Le gouverneur de l'ile reçoit l'ordre de convertir de force tous les protestants et les menace des Jésuites. Guillaume, ferme dans sa foi, et qui les a en horreur,  s'embarque sur le premier bateau en partance vers les grandes Indes. 
Ce genre de voyage n'est pas sans péril. Un pirate les attaque. Le bateau  y réchappe, mais le capitaine et le premier pilote sont tués. Le Cap de Bonne Espérance passé, il faut se ravitailler. Une chaloupe est envoyée en reconnaissance. Guillaume s'y embarque. L'accostage est impossible. Le mauvais temps se lève. La chaloupe ne retrouve plus le bateau qui les a abandonnés. La chaloupe longe la côte plusieurs jours dans la tempête pour tenter d'aborder. 

Finalement, à moitié morts d'épuisement, les marins trouvent à accoster mais sont fort mal accueillis par les tribus indigènes qui les massacrent tous, sauf Guillaume. Il est recueilli par le chef cafre qui le soigne et l'adopte. Il y reste plus d'un an dans la tribu avant de trouver enfin à s'embarquer vers le Cap, puis, après d'autres péripéties, vers l'Allemagne où il retrouve sa famille et sa mère, laquelle meurt d'émotion à son retour ! 

Devenu militaire, muni d'un brevet de capitaine, il écrit pus tard le récit de ses aventures,, probablement aidé par son frère. Le récit est pour les siens et surtout pour l'agrément de sa bienfaitrice, la princesse Albertine-Agnès d’Orange-Nassau, qui l'a accueilli et aidé. Le manuscrit, recopié à plusieurs exemplaires, reste inconnu, oublié et n'a été publié qu'à la fin du XXème siècle.
« L'empire du Monomotapa et la Coste des Cafres » (1688).

Le récit de Guillaume Chenu De Laujardière est étonnant. Son aventure précède de près de deux siècles celle de Narcisse Pelletier, jeune marin vendéen de 14 ans (lui aussi), accidentellement oublié lors d'une corvée d'eau sur la cote nord de l’Australie en 1858, et recueilli par un groupe d'aborigènes qui prennent soin de lui.

Au XVIIème siècle, les Cafres ont la plus mauvaise réputation : féroces, sales, cannibales, ils n'appartiennent même pas à l'humanité. Le récit de Laujardière ne va pas dans ce sens. Il observe leurs manières, les décrit avec précision, participe à leurs expéditions guerrières, et sait se faire apprécier. S'approchant d'un rivière pour visiter des voisins, il fait le récit suivant :
"je vis cinq femmes qui s’y baignaient. Dès qu’elles m’aperçurent, craignant que ce ne fut quelque autre ou que je ne fusse accompagné, elles coururent à leur peau et s’en couvrirent avec promptitude. Mais, alors qu’elles me reconnurent et qu’elles me virent seul, elles les laissèrent et se jetèrent sur moi. Elles m’eurent bientôt dessaisi de la mienne, ma ceinture fut mise en pièces. Enfin elles me mirent aussi bien qu’elles dans le même état que l’on dépeint nos premiers parents. Après cela, elles me firent mille caresses, me reprochèrent d’avoir abandonné leur habitation, me louèrent sur ma beauté vantèrent mon teint qui approchait très fort du leur, mes yeux si joliment enfoncés dans la tête, mon petit nez retroussé, ma bouche si bien fendue et mes lèvres si relevées qui sympathisaient tant avec les leurs. Elles ajoutèrent que, pour peu que mes cheveux fussent un peu plus crêpés, il n'y aurait pas un Macosse aussi joli que moi, que j'étais bien plus beau que ces autres blancs avec leurs couleurs jaune et leurs cheveux blonds ;  en un mot, je me vis bientôt travesti en un nouvel Adonis par ces dames cafres. Mais elle n'était pas des Vénus pour moi. Je faisais cependant ce que je pouvais pour m'arracher de leurs mains. En voyant qu'elle ne voulaient pas me rendre ma peau, je courus aux leurs, en pris une et me mis à courir toute ma force vers leur habitation." (p. 51)
Lorsqu'il quitte la tribu pour embarquer vers Le Cap à destination de l'Europe, le chef, qui l'aurait bien adopté, en le mariant à l'une de ses filles, pleure à chaudes larmes :  
Lorsque nous nous séparâmes, il fit retentir l'air de ses cris, je ne pus à mon tour refuser de la tendresse à la sensibilité d'un homme à qui j'avais tant d'obligations.

Un siècle plus tôt, un autre bordelais évoquait le bon sauvage dans les chapitres Des cannibales et Des coches de ses Essais. Il aurait souri des aventures de son jeune compatriote.


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Chronologie de l'aventure de Guillaume Chenu de Laujardière
22 mars 1686 Départ de Bordeaux vers Madère sur le vaisseau St Joseph.
4 octobre 1686 Fuite de Madère sur un vaisseau anglais ( Le Bauden) comme garçon de chambre du Capitaine.
16 novembre 1686 Attaque par un vaisseau corsaire. Des membres de l'équipage et le capitaine sont tués lors de l'abordage.
16 février 1687 La chaloupe du Bauden est envoyée à terre et abandonnée. L'équipage de la chaloupe est massacré. Le jeune Guillaume est adopté par une tribu cafre.
10 février 1688 Le Centaurus, envoyé à la recherche de l'équipage, ramène guillaume au Cap de Bonne Espérance.
19 août 1688 Guillaume repart au service de la Compagnie des Indes.
30 juin 1689 Guillaume rentre en Europe sur le Spierdjick, vaisseau de la Compagnie.

  • Le récit de la découverte du manuscrit (une centaine de pages) est une autre histoire, tout aussi passionnante. François Moureau, professeur de Littérature française du XVIIIe siècle à la Sorbonne, raconte comment il est tombé par hasard sur ce manuscrit à Halle, dans le Land de Saxe-Anhalt. Une de ses étudiantes, Emmanuelle Duguay, a identifié trois manuscrits du même texte, avec quelques variantes, dont un disparu à Magdebourg durant la seconde guerre mondiale, et l'autre subistant à Berlin. Elle s'est chargée de l'édition du texte, avec une riche postface, pleine d'informations sur la famille Chenu de Chalezac, sur les vérifications des dires du jeune Guillaume, par les témoignages de l'époque, et sur le destin de ce texte, fort prisé des protestants et des historiens d'Afrique du Sud . 
  •  Guillaume Chenu De Laujardière, Relation d'un voyage à la côte des Cafres (1686-1689), éditions de Paris Max Chaleil, présenté par Franck Lestringant, Paolo Carile, François Moureau, postface de Emmanuelle Duguay, 1996, 99 pp. (ouvrage épuisé) Une réédition d'un ouvrage aussi passionnant serait la bienvenue
  •  Dominique Lanni Fureur et Barbarie, récits de voyages chez les Cafres et les Hottentots 1665-1721, Cosmopole, 2003,( 213 pp.), publie la relation d'un voyage à la côte des cafres de Laujardière (pp. 86 à 130) , au côté des  récits de Ruelle (Relation de mon voyage tant à Madagascar qu'aux Indes orientales) Jean-Jacques Melet (La relation de mon voyage aux Inde orientales), Olfert Dapper (La Description de l'Afrique), Guy Tachard (Le Voyage de Siam des pères jésuites envoyés par le Roy), Jean Donneau de Visé (La relation du voyage de Siam et de l'ambassade du Chevalier de Chaumont) et François Leguat (Les voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales).
  • Dominique Bertrand, Le rire des voyageurs, XVIe-XVIIe siècles, PU Blaise Pascal, 2007 [en ligne]
  • François-Xavier Fauvelle : A la recherche du sauvage idéal, Le Seuil, 2017
  • Sur l'aventure de Narcisse Pelletier, voir le roman de François Garde : Ce qu'il advint du sauvage blanc, Gallimard 2012 (Folio 5623), avec le compte rendu sur Diacritiques [ici]